Ouvrir le débat sur la gouvernance de l’Internet au Togo

Friday 22 October 2010

Les technologies de l’Information et de la communication numérique plus connues sous l’acronyme TIC, se sont peu à peu diffusées dans les différents secteurs de la vie des togolais depuis bientôt 15 ans. En effet, l’avènement de l’Internet en 1997 grâce à l’opérateur privé CAFE Informatique et Télécommunications, va lancer le pays sur les chantiers de la révolution dite numérique, et mobiliser différents acteurs majeurs parmi lesquels l’État, le secteur privé, et dans une certaine mesure la société civile togolaise. Ainsi, en moins de 10 ans, le Togo va expérimenter différentes technologies d’accès à l’Internet et promouvoir son utilisation, couplé à une certaine amélioration non moins négligeable des conditions d’accès à cette ressource numérique.

Très rapidement, il apparaît que les usages des TICs, en particulier de l’Internet, semblent se développer à vue au Togo, du moins dans un cadre politique discutable, voire dans un contexte où le rôle précis des différents acteurs et leur implication réel dans le processus de développement du réseau semblent illisibles. Aussi, plus de 10 ans après l’arrivée du réseau sur le territoire togolais, il semble opportun et nécessaire de favoriser l’émergence d’un cadre de discussions pour questionner l’état actuel de notre réseau, et surtout son devenir, en explorant différents enjeux et problématiques tels que l’accès, la sécurité, les contenus, la fiabilité, l’efficacité, etc, qui apparaissent de plus en plus prégnants avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs sur le réseau national et surtout la diversification des usages qui s’y développent.

Questionner l’état actuel de l’Internet au Togo et son devenir, revient à parler sans détours de son utilisation, de sa gestion, et de façon plus étendue, de sa gouvernance. Quoique le mot "gouvernance" puisse se prêter à diverses définitions, dans la perspective de la société de l’information, la gouvernance de l’Internet apparaît comme «l’élaboration et l’application par les États, le secteur privé et la société civile, dans le cadre de leur rôles respectifs, de principes, normes, règles, procédures de prise de décision et programmes communs propres à modeler l’évolution et l’utilisation de l’Internet»[1].

En 2005, la phase de Tunis du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI) préconise et encourage la mise en place d’un Forum sur la Gouvernance de l’Internet (FGI). Le FGI sera ainsi créé par l’Organisation des Nations Unies (ONU) avec un mandat de 5 ans pour servir de plateforme à « un processus impliquant de multiples parties prenantes, dans lesquels les utilisateurs et les consommateurs d’information décident, à l’échelle mondiale, de s’entendre sur une série de lignes directrices fondamentales touchant à des sujets tels que la sécurité, la protection de la vie privée et l’efficacité »[2].

C’est ainsi que le FGI s’est réuni annuellement en 2006 à Athènes (Grèce), en 2007 à Rio de Janeiro (Brésil), en 2008 à Hyderabad (Inde), et en 2009 à Charm-El-Check (Egypte). Le dernier FGI s’est tenu en septembre 2010 à Vilnius (Lithuanie). Voilà donc cinq ans que le FGI sert de « grande messe » pour débattre du futur de l’Internet avec une participation Africaine mitigée.

Sans pour autant occulter les initiatives louables qui se construisent autour de l’objet Internet tel que le Forum des consommateurs annuellement organisé par l’ARTP entre autres, le FGI se déroule sans que le Togo ne dispose de son propre mécanisme national de discussions multi-parties prenantes des questions liées au réseau Internet et à son devenir, et qui prendrait en compte les spécificités du contexte local et surtout les besoins locaux.

Ouvrir le débat sur la gouvernance de l’Internet au Togo s’avère ainsi être un pari, mieux, un défi que la société civile togolaise doit relever en réunissant les différentes parties prenantes impliquées dans le développent du réseau, afin d’asseoir les bases consensuelles d’un réseau robuste, sécurisé, et fiable pour le bien des utilisateurs.

[1] Définition tirée du document du président du sous comité A (Gouvernance de l’Internet) du PrepCom-3, Genève
2005.

[2] Yoshio Utsumi, « L’après-Tunis: ce que nous attendons », Nouvelles de l’IUT, novembre 2005.